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Des billets d’humeur sur le monde, plus particulièrement sur le vivant et le vivant humain

La sexualité

1 Juil 2020 | Préconceptuel

La sexualité, ça commence où ?

J’avais envie de partager avec vous la musique des mots pour, avec pudeur, audace et enthousiasme, vous parler d’elle : la sexualité.
La sexualité ? Que de l’intimité… Intimité des corps, des cœurs, de l’âme, intimité avec la vie, peut-être même avec les étoiles.
Mais avant cela, à bien y regarder : la sexualité, ça commence où ?

Si l’on regarde depuis le dehors,

il y a des circonstances. Les éléments du joli caillou, qu’est la terre.
La lumière du soleil qui éclaire un joli paysage et nous émeut, un feu qui crépite dans une cheminée et participe au réconfort, l’odeur de l’humus dans un sous-bois qui ramène au profond ou celle de l’herbe coupée qui réveille au printemps.

Le bruit pianotant de la pluie qui tombe ou le chant de l’eau d’une rivière qui s’écoule et nous alanguit. Du vent dans les cheveux qui fait frissonner la colonne et nous remet à la verticale d’un horizon tout au loin, très très loin. Une nature en écho à la nôtre.

Tout le vivant du dehors, réveillant le vivant au-dedans, comme une petite musique qui alors nous parcourt, juste là sous la peau, et se rappelle à nous.

Si l’on regarde à l’instant : le dehors est déjà au-dedans.

Bruissement du corps, murmures des fascias, mise en mouvement, des sensations, une sensorialité, de la sensualité, sexualité.

C’est déjà tout cela avant que la grande danse ne commence. Toute une continuité. Tout un au-dedans, avec déjà des expressions au-dehors. Un émoi jusqu’à celui qu’on nomme, le sexe ; qu’il soit féminin ou masculin.

Mais justement une sexualité qui ne se vit pas qu’avec le sexe, mais dans un corps, via tous les pores. Dans chacune de nos cellules, auxquelles elle offre une respiration, elle-même générant une vibration qui parcourt l’être. Une sexualité en expansion, la mise en branle d’un sens entrainant les autres dans une grande spirale. Vortex des sens.

Sexualité-plaisir que nous allons dissocier un instant de la sexualité-procréation, pour mieux les réunir ensuite.

La vie a en effet prévu que ce soit ainsi qu’on fasse des bébés. Dans le partage des corps, dans la chaleur des êtres et l’attraction des peaux. S’approcher au plus près. S’approcher pour mieux pérenniser la vie. Longtemps nous n’avions pas cette conscience, attribuant cette procréation au monde divin. De nos jours nous avons à mesurer cette responsabilité et la densité de cette fonction sexuelle. Une fonction vitale en somme.

Procréer dans le plaisir. Une sexualité-plaisir que la contraception a mise en lumière, permettant de garder cette possibilité de partager cette vibration singulière, sans le risque d’une grossesse.
Une sexualité-plaisir qui est une fonction à part entière, aussi vitale que les autres finalement mais singulière en ce sens qu’on peut s’en passer. Quel dommage, elle a la particularité de nous faire nous sentir vivants et vibrants, et ce faisant elle irradie les autres fonctions du corps, participant à mettre alors en équilibre cet organisme, cette grande cellule qu’est notre corps. Un grand organe des sens à lui seul, à cette occasion. Réjouissance de la matière.

Sexualité plaisir qui se partage, parce qu’avec un autre c’est tout de même mieux, les plaisirs donnés à chacun, à soi et à l’autre, faisant le lit d’un plaisir expansé. Plus que seul. Volupté de la surprise d’un autre qui nous entraine dans un ailleurs. Ensemble. Alchimie.

Avec le sexe aussi, la complémentarité et les différences se mutualisant, le dedans avec le dehors, sans plus de vide et dans la plus grande densité. Soi et l’autre s’effaçant au bénéfice d’une unité, vibrant à l’unisson du grand univers, le rejoignant parfois jusqu’aux étoiles. Oui aux étoiles. Est-ce cela qu’on appelle jouissance de l’être ?

Tels le yin et le yang, la mise en mouvement des sens en spirale, mêlant les teintes jusqu’à perdre sa propre couleur et produisant la plus jolie des énergies. Plus de dedans, plus de dehors, plus de soi ni de l’autre, magie des peaux qui se fondent jusqu’à ne faire plus qu’un, jusqu’à perdre l’heure qu’il est, là où nous sommes et même un instant l’identité de soi et celle de l’autre. Un petit bout d’éternité qui revient bientôt aux temps des horloges ici-bas.

Une sexualité, mal nommée, qui manifeste simplement que nous existons, que la vie humaine terrestre se vit dans un corps, caisse de résonance à ce que nous éprouvons au-dedans et ressentons du dehors. On vit la vie par tous nos pores, via le bouquet de nos sens et plus que jamais dans ce que nous appelons sexualité.

Alors ça commence où tout cela, où met-on le début ? Mais ça finit où aussi ?

Sexualité, plaisir des sens, sensorialité, murmures et bruissements.

Une sexualité à rebours alors que nous avançons en âge et en conscience, alors que le corps décélère, que la vie physique rétrécit son champ d’action, la vie intérieure ayant pris le relais et s’expansant pendant ce temps. Il est joli d’ailleurs de voir qu’à mesure nous retrouvons une grande sensibilité, une porosité à la nature, une perméabilité aux autres que nous regardons mieux vivre. Le souffle du vent dans une fine mèche de cheveux procurant la plus folle des sensations. Sans plus courir, sans plus agir. En capacité d’être une harpe.

Entre le commencement de cette vie sans fin qui avance sans discontinuer depuis des milliards d’années, à travers nous, avec ou sans nous, et ce qu’on appelle la fin, le bout de l’existence, il y aura eu le corps, la seule mesure et le seul en mesure de faire résonner la vie en nous.

Pourtant on ne nous apprend pas le corps, pas plus que ses passages, que son évolution et ses involutions. On ne nous parle pas davantage de là d’où il a pris forme et vie, In Utero. Dans un monde hautement sensoriel et totalement autre.

On ne nous dit pas plus, qu’il est câblé pour tout y sentir au départ, et à l’arrivée en ce bas-monde pour être un brin plus bridé, plus vite saturé, donc mieux adapté pour la collectivité humaine et ses résonances. Car pour le meilleur, tout sentir c’est tout s’émerveiller. Pour le pire, tout sentir c’est tout souffrir. Ainsi moins sentir, pour mieux vivre dans ce monde-là.

De corps on ne changera pas, contrairement à bien des choses. Ce corps, c’est nous, c’est notre être qui résonne à la vie et c’est dans l’amour des corps que nous racontons le mieux comment va notre être au profond et dans cette vie-là.

C’est enfin par le plaisir des sens et le partage des corps, mieux s’évader aux confins des mondes et retrouver alors, ce pour quoi nous sommes faits à l’origine : vibrer.

Nathalie Lancelin-Huin

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